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JE SUIS
Je
suis l’eau frémissante et sucrée juste
avant les
feuilles de menthe et de thé. Un
axe, une poulie, une courroie d’un géant
mécanisme
bien huilé. Le
câble tendu sur un précipice, la longue barre qui
soutient l’équilibre, Le
funambule sur ce câble arrimé par mes soins, je
suis le
funambule. Je
suis un passage, un va-et-vient, le pont de Brooklyn qui relie les
deux mondes. Le son
qui passe le mur. Un diapason qui donne du ton. La
page blanche où j’écris
l’histoire. L’encre
entre les lignes, d’un stylo remplissant les cahiers. Les
mains agiles d’un menuisier. La
terre pétrie par les doigts d’un sculpteur, un
arbre ! Le
bois dont on fait les flûtes et les coques de bateau aussi
quand j’y pense, Les
charpentes des maisons, je suis Une
paire de manches retroussées lorsque la tâche est
ardue. Les 2
jambes noctambules sur la côte et la descente. L’hélium
d’un ballon volant tenu par la main d’un enfant, je
suis Le
baiser voluptueux gémissant de plaisir dans ta bouche. Une
délicieuse maladie hétérosexuellement
transmissible. La
crème hydratante qui soulage les plissures du temps sur ton
visage. La
petite robe légère dont tu défais un
à un
les boutons Et
lentement glissant sur le sol de ta chambre. La
photo d’un tableau qu’aurait peint Modigliani Dans
le tome de l’histoire de l’art d’une
encyclopédie, je
suis Le
tabac que tu roules entre tes doigts, Le
bout rouge incandescent d’une cigarette. Le
talon d’un flamenco brûlant sous le voile
d’une sévillane. Les
bras papillons d’une danseuse gitane. La
dentelle sous la soie de la jupe fendue, aux senteurs de jasmin. Un
chocolat chaud velouté en plein midi sur une place,
à
Madrid. Le vol
d’un colibri transportant de fleur en fleur le nectar, je suis Le
grain de sable roulé par Garonne Et qui
donne à ma voix le charme de cet accent
impérissable. La
vague remontant le fleuve depuis l’Atlantique. La
phrase qui se couche lorsque ton enfer côtoie mon paradis, L’unique
phrase d’un vieux refrain chanté par je ne sais
qui…
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