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VILLE ROUSSE
La
ville rousse et sauvage M’emporte
au loin des courants d’air. ça
fourmille sous le pavé, Toute
une ville noctambule prend place : La
nuit réveille l’insomnie ville rousse et sauvage. Une
vieille chienne se rappelle à mon souvenir caniculaire, Viens
p’tite soeur, viens mon p’tit tiers état
! Ensemble
nous formons une sacrée panoplie d’gonzesses : Fillette
femme femelle en un seul corps… Mais,
éteignez ces lampadaires ! Que
nous puissions nous percher un peu aux étoiles, Pour
l’amour de ceux qui traînent l’insomnie, Tant
de lumières sur la ville sont indécentes ; Éteignez
ces lampadaires ! Sur le
pavé ça rêve d’amour, Du
grand frisson des beaux jours, Sous
le pavé, ça gueule d’amour ! Qu’elles
sont belles les gueules Quand
elles se logent au creux d’l’amour, Qu’ils
sont beaux les corps quand ils dansent. Stop ! Arrêt
sur image. Ici, bulles et flûtes à gogo. Chacun
son truc, moi c’est brut, Champagne ! 10
marches plus bas John
s’égosille dans son micro La
cave est bourrée, les amplis sont à bloc, ça
hurle au vent du son de John, Jusqu’à
l’aphone il chante John. Une
émotion me trimbale, Une
émotion pas causante, Une
émotion vibrante, une forte vibration. Une
envie de peau contre peau, De
bouche à bouche… Dis,
viendras-tu te griser dans mes dentelles ? Un
souffle en vie tangue, balance Et
nous emporte au loin du vent mauvais. Je
marque la page du sceau d’l’amour Et les
syllabes s’échappent. Elles
prennent corps en son et lumière, Projettent
des synapses à l’infini. Je
marque la page où le livre fuit lentement. À
l’ombre de tes paupières Glisse
l’archer d’un violoncelle Vibre,
se répand sur nos deux visages, Une
explosion sensuelle se rue
dans tous nos sens, Le
ciel est tombé sur ma joue, Une
mélodie frémit sur mes lèvres, Tu es
l’ombre de mes nuits dans
le fa d’un violoncelle, Ville
rousse et sauvage. Et
tout à coup, au creux d’l’hiver, à
peine sorti de la nuit, Là,
sur la fange du macadam surgi
de nulle part ! Un
couple de tourterelles roucoulantes Prend
son envol… La
nuit réveille l’insomnie ville rousse et sauvage La
nuit révèle l’insomnie… Mais,
éteignez ces lampadaires !
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